Neurobiologiste américain, Eric Braverman est l’un des spécialistes mondiaux du lien corps/esprit. A l’occasion de la parution en France de son best-seller : Un cerveau à 100% (feuilleter le livre ici) il explique pourquoi avant de soigner un symptôme – quel qu’il soit – il faut commencer par rétablir l’équilibre chimique du cerveau.

Quel a été votre parcours ? Votre position actuelle ?

Je dirige le Centre médical PATH (1) de New York. J’ai commencé mes travaux sur le cerveau en 1976 au Princeton Brain Bio Center. J’ai travaillé avec de nombreux organismes de recherche comme les Instituts Nationaux de la Santé des Etats-Unis (NIH) ou l’Institut National sur l’Abus de Drogues (NIDA) jusqu’à ce que je devienne l’un des pionniers de la médecine intégrative, de la santé du cerveau et de la longévité.

Comment avez-vous développé le concept décrit dans Un cerveau à 100% ?

J’ai adapté le concept de l’interface cerveau/esprit/corps élaboré par le Dr Rodolfo Llinàs. Le Dr Llinàs est un chercheur de renommée internationale dans le domaine du fonctionnement cérébral et il fut mon mentor à l’Ecole de Médecine de l’université de New York. Je me suis focalisé sur ses concepts et j’ai pu identifier le circuit électrique qui relie cerveau, esprit et corps et qui prouve que des déséquilibres dans la biochimie du cerveau peuvent provoquer des maladies.

Quel est le thème central de votre livre ?

Vous savez, la science médicale a fait une découverte anatomique remarquable : chez la plupart des gens, la tête est attachée au reste du corps ! Plus sérieusement, mon livre explique comment le cerveau adresse des instructions au corps tout entier. Ces instructions sont responsables de ce que nous ressentons et de ce que nous faisons. Nous connaissons tous des moments où nous ne nous sentons pas à 100 % et cela peut être normal. Mais quand un problème de santé persiste, votre corps vous adresse un message que vous ne devriez pas ignorer. Dans Un cerveau à 100%, je donne des exemples de la manière dont nous ignorons des symptômes et nous apprenons à « vivre avec ». Si la mémoire flanche, c’est simplement parce qu’on devient vieux ; si on est constipé, c’est parce qu’on ne s’alimente pas très bien ; si la libido baisse, c’est sûrement à cause du stress ; si nous avons une série d’accidents, ce n’est qu’une coïncidence… Si vous ignorez ces messages que vous envoie le cerveau, vous serez contraint de faire face à des problèmes plus sérieux plus tard. Au contraire, si vous savez reconnaître ces signaux et « redresser » votre cerveau, vous parviendrez à rester en bonne santé. Mon livre montre comment.

Qu’est-ce qui distingue votre concept des autres approches décrivant la relation corps/esprit ?

De nombreux livres ont été écrits sur cette relation, et ils ont tous un intérêt. Mais aucun n’en décrit tous les aspects. Les uns parlent de l’alimentation et ignorent les hormones. Les autres des hormones mais pas des suppléments. Beaucoup s’intéressent à la psychologie mais ne disent pas un mot de la biochimie sous-jacente. Si nous devons traiter l’individu de manière holistique, il faut certes prendre le cerveau en compte, mais tout le cerveau : chimie, électricité, psychologie, cognition.

Quelle est la relation entre la biochimie du cerveau et la santé ?

Un cerveau équilibré – dans lequel tous les messagers chimiques sont en harmonie – conduit à la prise de conscience, l’énergie, la bonne humeur, le bon poids, le bon sommeil, l’absence de dépendances, l’apprentissage en continu. Tous cela est caractéristique d’un fonctionnement cérébral qui prédit la longévité. Plus votre cerveau est équilibré, plus vos autres organes sont sains. Rappelez-vous que le cerveau, c’est l’organe oublié, et qu’il est relié au reste du corps !

Avez-vous conduit des études pour valider les concepts développés dans Un cerveau à 100% ?

De manière extensive. Mes travaux ont été publiés dans plus de 150 articles scientifiques. J’ai travaillé avec des chercheurs de renom comme le Dr Nora Volkow de l’Institut National sur l’Abus de Drogues et le Dr Kenneth Blum de l’Ecole de médecine de l’université Wake Forest en Caroline du Nord.

D’autres chercheurs ou médecins utilisent-ils votre méthode ?

Chaque type de test que nous pratiquons peut se trouver dans des centaines de centres de soins aux Etats-Unis, mais notre association particulière de tests ne se rencontre probablement dans aucun autre endroit. Ici, on utilise les ultrasons, la cartographie cérébrale, les échelles de mémoire.

Comment diagnostique-t-on un déséquilibre des messagers chimiques ?

En faisant le test qui figure dans mon livre Un cerveau à 100%. Il suffit de répondre aux questions qui permettent de déceler un déséquilibre de la chimie du cerveau. Afin d’identifier votre nature dominante et des déficits biochimiques éventuels, j’ai créé ce test simple, d’une durée de 20 minutes. Vous pouvez le faire chez vous. C’est le premier test non-invasif capable d’identifier votre chimie cérébrale dominante à partir de symptômes physiques, mais aussi des dimensions psychologiques de votre tempérament et votre personnalité. Si vous répondez honnêtement, alors vous pouvez déceler les stades précoces d’un déficit dans votre biochimie cérébrale propre. Les résultats de ces tests vous guident ensuite pour tous les problèmes liés à la santé. Il y a bien sûr dans le livre des conseils précieux pour réparer ces déséquilibres de manière naturelle.

Quel est le principe qui guide ce test ?

Tout part de la chimie du cerveau. Quand vous avez le sentiment de n’être plus en forme ni en bonne santé, quand vous sentez que vous n’êtes plus à 100 %, examinez vos symptômes physiques et restaurez le neurotransmetteur (ou si vous voulez le messager chimique) qui est responsable du problème. Tous les signaux électriques aboutissent au cerveau et son relayés par quatre principaux neurotransmetteurs : la dopamine, l’acétylcholine, le GABA et la sérotonine. Après avoir fait le test qui est reproduit dans le livre, vous serez en mesure d’identifier de quel(s) neurotransmetteurs vous manquez, et vous pourrez ensuite compenser ce déficit par les conseils que je donne. En faisant cela, vous retrouverez la santé.

Vous expliquez que ces quatre neurotransmetteurs dominent chez chacun de nous. Comment cela se traduit-il ?

La dopamine est comme le carburant de votre voiture. Les personnes chez qui la dopamine domine ont confiance en elles, se concentrent sur les tâches en cours et sont fières de leurs succès. Elles sont plus à l’aise avec les faits et chiffres, avec la connaissance intellectuelle qu’avec les émotions et les sentiments.

L’acétylcholine, c’est un peu l’accélérateur de votre voiture. Les acétylcholinergiques sont des idéalistes. Ils ont l’esprit vif, sont ouverts aux nouvelles idées, aiment l’impulsivité, la flexibilité, la créativité.

Le GABA fonctionne comme les freins de votre voiture. Les GABAergiques sont des gens de confiance, on peut compter sur ce qu’ils disent. Ils aiment fixer des objectifs et des plans pour les atteindre.

La sérotonine ressemble à l’alternateur de votre voiture. Elle recharge le cerveau et le corps pour qu’ils puissent faire face à une nouvelle charge de travail chaque jour. Les personnes chez lesquelles domine la sérotonine sont littéralement des artisans. Ils recherchent un résultat tangible immédiat pour ce qu’ils font. Ils ont en général une excellente coordination entre la main et l’œil. Ce sont des personnes intensément loyales, qui s’engagent dans des relations passionnées mais évitent d’en être prisonniers.

Avec mon livre, vous saurez quel est le neurotransmetteur dominant chez vous, et surtout comment identifier un déficit – et comment le corriger.

Justement comment restaure-t-on le niveau d’une neurotransmetteur ?

En suivant un régime alimentaire adapté, comme le régime Arc-en-ciel, qui est décrit par le livre. En ajoutant des quantités généreuses d’épices, de plantes, de tisanes, de légumes, de poisson à chaque repas. En prenant des compléments nutritionnels qui augmentent naturellement la production de vos neurotransmetteurs. En prenant beaucoup de repos ! La plupart des gens ne dorment pas assez, et ne dorment pas bien et cela les affecte au niveau cellulaire, avec un effet négatif sur la longévité. En bougeant – l’exercice régulier augmente vos chances de vivre longtemps en bonne santé.

A qui s’adresse votre programme ? A une frange de la population ou à tout le monde ?

A partir du moment où vous avez un cerveau, vous pouvez bénéficier de ce programme parce qu’une meilleure santé cérébrale, cela signifie une vie meilleure.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je viens de terminer d’écrire le manuscrit d’un guide révolutionnaire pour maigrir, qui sera publié en 2008.

(1) Place for Achieving Total Health